La compagnie Vita Brevis

Quelques mots

La Compagnie Vita Brevis est une compagnie jeune et volontaire. Créée en 2007 autour d’un noyau dur de quatre artistes : M. Beurton, A. Evrard, E. Herszfeld, C. Leproust

Les Amers

de Mathieu BEURTON
les Amers         Histoire
Auteur
Intention
Equipe
Images
Presse

Histoire

Résumé

amer  : n.m. (marine) Objet fixe et visible servant de point de repère pour la navigation.

Sombrer dans sa vie, brûler ses repères, mettre un pied à terre et prendre son envol…

Dans un village de pêcheurs, Jenny, Kevin et Joe se rendent compte qu'ils se sont trompés de voie et changent de cap.

Mais jusqu'où oseront-ils aller ?

Un spectacle poétique et sensuel qui vous fait passer du rire aux larmes dans une atmosphère de docks où tout peut arriver…

Extraits

EXTRAIT 1 (partie 1) :

JOE : Tiens regarde, c'est ta Jenny… t'as vu comme elle s'habille… on dirait une nonne.
KEVIN : Moi je veux bien la défroquer.
JOE : Ben vas-y… qu'est-ce t'attends ? Profites-en elle va boire la tasse. Allez, va la gober.
KEVIN : Non. En plus t'as vu, y a tout le monde qui s'écarte quand elle arrive.
JOE : Ca, c'est depuis que son père a sauté à la baille. Tu sais ce qu'on dit : un marin qui tombe, c'est qu'une femme l'a creusée. Comme il y avait plus la mère…
KEVIN : Arrête.
JOE : Qu'est-ce qu'il y a ? Ca te fout le mal ?
KEVIN : C'est juste que ça me touche.
JOE : Eh ben justement, va lui montrer comme elle te touche !
KEVIN : Excusez-moi…
JENNY : C'est pas grave.
KEVIN : C'est Joe, il m'a poussé. Ca va ?
JENNY : Oui.
KEVIN : Je vous offre à boire, pour me faire pardonner ?
JENNY : Oui.
JOE : Alors les merlans, on frit ?
KEVIN : Joe, Jenny. Jenny, Joe.
JOE : On se connaît, je crois ?
JENNY : Non.
JOE : Faut manger du poisson pour la mémoire. Ou alors le pêcheur, directement.
JENNY : Quand il est pas frais, ça me rend malade.
JOE : Oui, enfin faudrait voir à pas se prendre pour une sirène non plus. (Il s'en va au large.)

EXTRAIT 2 (partie 1) :

KEVIN : Des excès de tristesse, j'en ai toujours eus. Comme quand on est plein et que du coup on ressent le vide à en vomir.  Ca envahit. Ca fait suer des mots pleins de vrai. Je suis sûr qu'on a tous ça en nous qui nous déborde. Cet instinct fragile qui nous jette tout au bord de la falaise. Prêt à sauter dans le vide. Mais y en a des, au dernier moment, qui se tournent le dos, parce qu'il y a tout plein de mouettes à l'intérieur qui leur soufflent que s'ils sautent, c'est sans filet. Du vent plein la gueule et sans voile…
Tiens…  j'aurais pu être poète…
Cette absence, ça m'est arrivé de la ressentir avec Jenny, quand je rentrais au port après trois mois de navigation. Titubant. Du parfum poisseux plein la peau.
Depuis mes seize ans, je ne me rappelle que de cette odeur fétide des poissons. Jenny, elle, elle appelle ça l'odeur de la mer. Pour moi c'est une odeur de merde, dans laquelle je me noie. Parfois j'en veux au hasard de pas chavirer le navire pour lequel je coule.
Ce qu'on fait ? C'est qu'on balance les filets, pour les remonter. A longueur de journée. Sans arête.
Tiens… j'aurais pu être comique. […]

EXTRAIT 3 (partie 3) :

L'ENFANT : Moi, je crois que ma maman, elle aurait toujours été toute douce. Une donneuse de lait, de leçon et de bonbons. Elle m'aurait appris à compter, à lire. Elle aurait été derrière moi pour me faire lever le pied et puis l'appuyer sur la pédale de mon premier vélo et puis sur celle de l'accélérateur. Moi, je crois que ma maman, elle m'aurait appris à prendre les virages, à me regarder en me disant : « Qu'est-ce que t'es belle ! », en voulant me bercer alors que j'aurais été trop grande.  Et moi, je lui aurais répondu : « Mais merde, je suis plus une gamine maintenant, c'est bon, lâche-moi ! » tout en regrettant de le lui avoir dit parce que ce genre de mots claqués aux oreilles, c'est toujours un peu trop fort. […]