Les Amers
de Mathieu BEURTON
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Intentions
Un spectacle sensoriel
Considérant que le texte était particulièrement charnel, les metteurs en scène ont travaillé sur le fait de faire ressentir aux spectateurs des sensations. Pour cela, ils ont eu l'idée d'associer à chaque partie un sens humain qu'ils mettent en avant, même si tous parcourent le spectacle.
La première partie est visuelle, ce qui, au départ, ne bouscule pas le spectateur ; quoique la caisse mise en avant-scène empêche volontairement, à des moments choisis, une bonne visibilité et oblige le public soit à imaginer, soit à chercher à épier les personnages.
La deuxième partie met en jeu l'ouïe. Le chuchotement apparaît. Les boîtes se transforment en instruments…
La troisième partie est centrée autour de l'odorat avec notamment ces oranges que les comédiens mangent sur le plateau. Ils jettent ensuite les pelures vers le public qui embaument alors la salle.
La quatrième partie allie le goût et le toucher avec la mise en exergue des bonbons que chaque spectateur a trouvé sur son siège en arrivant dans la salle. Ces friandises symbolisent la libération d'Emma et le plaisir qu'elle peut prendre à la vie, en souhaitant que le spectateur lorsqu'il y goûte se pose la question de savoir s'il est dans la même situation d'accomplissement. Car dans cette partie Emma dévore des bonbons ostensiblement et sans s'arrêter ; sauf pour en lancer au public.
Le toucher intervient également avec les bonbons mais surtout parce que les comédiens investissent le public et s'assoient sur les genoux de certains.
Ainsi, même si les sens sont développés inconsciemment dans le spectacle pour celui qui ne pense que regarder une pièce, il est important que le spectateur vive l'expérience non pas uniquement visuellement mais qu'il s'y engage intégralement jusque dans sa chair, jusque dans le moindre de ses sens. En espérant qu'une fois de retour chez lui, le bonbon d'Emma à la main, il se remémore le spectacle et le reflet qu'il lui renvoie.
Le cycle et les éléments
Les Amers est une pièce composée de quatre parties, qui sont les quatre phases d'un cycle.
Chaque phase a été construite autour d'un élément, respectivement : l'eau, le feu, la terre et l'air.
Car la vie peut être vue comme une succession de cycles qui s'enchaînent ou s'entrelacent : l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte, la vieillesse, ou encore les études, le travail, la retraite ; le fait d'être enfant, parent, grand-parent ; célibataire, marié, divorcé, veuf, etc.
Mais parfois, on se laisse enfermer dans une étape ou entraîner dans un chemin qui n'est pas le sien, peut-être par peur de décevoir ou d'être déçu. Du coup, on se retrouve là où on ne se sent pas bien. Heureusement la vie nous amène des opportunités qu'on peut accepter ou intercepter.
Les Amers parle du changement qui arrive à un moment de la vie où la place qu'on a ne nous sied plus et où l'on s'y noie . Lorsque l'occasion s'offre au personnage, il peut décider de s'y brûler ou de l'éteindre, en l'occurrence le trio avancera, à la fois lié et séparé, dans cette quête d'être autre pour être plus proche de soi.
A force, ils finissent par avoir un peu plus les pieds sur terre et à trouver une certaine stabilité qui leur permettra d'être plus léger . Mais, ce cycle n'est qu'une étape et en appelle un autre. Il faut alors accepter à nouveau de tout mettre en péril et de repartir se brûler. Dans la partie IV, c'est ce que fait Emma, c'est ce que veut faire Joe, mais trop tard car la mort va l'interrompre et c'est ce qu'envisage timidement Jenny lors de sa rencontre avec un homme dans un parc.