La compagnie Vita Brevis

Quelques mots

La Compagnie Vita Brevis est une compagnie jeune et volontaire. Créée en 2007 autour d’un noyau dur de quatre artistes : M. Beurton, A. Evrard, E. Herszfeld, C. Leproust

Projets

Un Cri [Un Silence]  PDF

 

Equipe

Mise en scène
Mathieu Beurton : Metteur en scène
Cédric Leproust :Assistant à la mise en scène

Comédiens
Michael Benoît : le mari
Eve Herszfeld : la femme
Romuald Skzlartchik : le voisin

Histoire

Théâtre de l’angoisse/1h15

Le titre de la pièce

Le fait d’accoler presque deux termes antonymiques pousse le lecteur à rapprocher les deux mots.
Est-ce qu’un silence n’est pas un cri ?
Est-ce qu’un cri n’est pas le résultat de l’absence de mots correspondant à son émotion ?
Est-ce que ne rien dire n’est pas une forme de cri ?CRI

CRI, subst. masc.

A.− Son(s) généralement bref(s) et aigu(s), émis instinctivement par les cordes vocales sous l'effet de certaines émotions.
 
1. Expression phonique d'une sensation, d'un état physique ou moral, ressenti en profondeur très intensément.
2. Son de voix caractérisant un animé et, p. ext., une situation, un événement.

B.− Brèves paroles prononcées à pleine voix pour prévenir quelqu'un, pour exprimer quelque chose.

1. Appel ou avertissement, en cas de danger ou pour encourager à la lutte.
2. Annonce faite publiquement à voix haute.
3. Expression à voix haute d'une opinion, notamment d'une protestation, émanant généralement d'une foule.
4. Voix intérieure puissante, traduisant spontanément une opinion sincère, un élan de l'âme.

SILENCE, subst. masc.

I. − [Le silence envisagé par rapp. au bruit] Absence de bruit, d'agitation.

II. − [Le silence envisagé dans l'acte de communication]
A. − Fait de ne pas parler, de se taire.

B. − Fait de ne pas vouloir ou de ne pas pouvoir exprimer sa pensée, ses sentiments.

C. − [Le silence en tant que moyen d'expr.]

1. Fait de laisser entendre sa pensée, ses sentiments, sans les exprimer formellement.
 2. Fait d'entrer en communion, en communication intime, sans le secours de la parole.

MUS. , Signe graphique placé sur la portée pour indiquer l'absence ou l'interruption du son`` (Mus. 1976).

CRI

Résumé

 

CRI« Crier est une chose, nier le cri en est une autre bien plus grave. »
Un Cri [ou Un Silence]

Que faire lorsque l’on est un couple sans problème et que son voisin du dessus hurle, pousse des cris sans arrêt ? Quelles conséquences si l’on intervient ? Et si l’on n’intervient pas ?
Ce sont les questions auxquelles les deux personnages de la pièce vont être confrontés, entraînant dans leur angoisse le spectateur...


Personnages

Dans cette pièce, les personnages n’ont pas de nom, ils ont tout au plus une fonction ou un statut, ce qui pousse la pièce à une plus grande universalité d’autant plus que l’histoire se déroule n’importe où et n’importe quand.
L’absence d’onomastique montre aussi que les personnages n’ont pas d’identité propre, comme dans une dictature. Ils sont véritablement niés dans leur individualité et interchangeables.
Mais il ne faut pas chercher non plus trop de logique ou de psychologique dans leur attitude car la pièce tient plus de l’absurde que du réalisme.

La femme

Le mari

Le voisin

Extraits

EXTRAIT 1 :

Un cri.

E : Appelle-le voisin !
L : Le voisin ? Pourquoi ?
E : Faire connaissance. Ce serait  bien.
L : Tu connais son numéro ?
E : Il n’a jamais levé le bras assez haut pour que je l’aperçoive sur sa peau. Et puis avec ses manches longues, j’aurais eu du mal de toute façon. Ce n’est pas de ma faute.
L : C’est certain.
E : D’ailleurs sa voix ne m’a jamais frappé. Je ne me souviens pas l’avoir entendu une seule fois dans ma vie.
L : Alors tant pis. Il n’avait qu’à être plus aimable.
E : Après tout, ce n’est pas à nous de lui tendre une oreille amicale.
L : Rien ne nous y oblige.
E : Absolument personne.
L : Il doit avoir de la famille.
E : Et puis nous n’avons rien à lui dire.
L : Strictement rien.

Un cri.

L : Ce bruit !
E : Quoi ?
L : C’est agaçant…
E : Ca doit être le petit ?
L : Ils n’en ont pas.
E : Non mais le nôtre.
L : Nous non plus.
E : Oui mais ça aurait pu être lui. Et ne dis pas non.
L : Non.
E : Alors va le voir.
L : Lequel ?
E : Le nôtre.
L : Où ça ?
E : Chut ! Tu entends ?
L : Quoi ?
E : Le silence.
L : Oui.
E : Il a dû se calmer.
L : Tant mieux, je n’avais pas de montée de lait.

EXTRAIT 2 :

L : Vous en sentez un monter ?
V : Quoi ?
L : Un cri.
E : Non.
L : Lequel est-ce ?
E : Vos insinuations, monsieur, nous laissent sans voix !
L : C’en est un. Au bord. Tout prêt à être vomi. Vous sentez ? Vous le retenez mais ce ne sera pas long. Il s’agrippe. Il monte. A coups de crampons dans la gorge. Il suffirait de le pousser un peu. Un regard appuyé. Un mot de trop. Une haleine morbide qui l’appelle. Un rien. Il est là maintenant, vous entendez ? Tapi, à attendre. Rien ne le laisse deviner. Pourtant vous savez qu’il est là. Une boule qui remonte de l’estomac. Avec ce goût acide dans la bouche. Vous pourriez l’étouffer, le déféquer, l’oublier, l’évacuer. Il faudrait se mettre en selle. Vous ? Non ! Jamais ! Vous êtes trop parfait pour cela. Une peau lisse qui n’accroche pas. Pas un mot lâché en pleine nature. C’est interdit. Il remonte. A brides abattues. Il vient. C’en est un. Oui. Vous entendez ? Vos gencives qui rougissent déjà de honte. Comment serez-vous après ? Une fois qu’il sera dehors, prêt à tout détruire sur son passage. Peut-être d’ailleurs ne vous épargnera-t-il pas en sortant ? Vous ! N’ouvrez pas la bouche, il pourrait être là, aux abois. Et le regard comment le poser pour ne pas dire qu’il est là… entre vos dents ? Elles tremblent d’ailleurs vos dents et vos lèvres se serrent. Elles sont solidaires, vous voyez ? C’en est un.

L’auteur

Mathieu Beurton

fMathieu Beurton est un jeune auteur, metteur en scène, acteur et ancien professeur de français. Il livre ici avec Un cri [ou Le Silence] sa troisième pièce après Face aux murs et Les Amers.
Ses œuvres mettent le plus souvent en question le problème de l’identité : qui est-on vraiment ? Ose-t-on devenir qui l’on est ? Peut-on vivre une vie qui n’est pas la nôtre et par là même avoir plusieurs identités ?
Son style mélange humour et tragédie et va parfois jusqu’à l’absurde. Il ne laisse pourtant jamais de côté la poésie des mots et des images.
Ses personnages ont souvent un trouble du langage qui est le fruit d’une impossibilité  à communiquer. Il dit d’ailleurs que « le poète est sans doute le moins aphasique des Hommes ». 
Dans toutes ses pièces, l’auteur tient à nous raconter une histoire et fait tout pour qu’elle nous parvienne, qu’elle aille même au-delà de ce que nous sommes au moment où l’on assiste à la pièce. Ces êtres qu’il nous montre à voir, il voudrait qu’ils nous renvoient à nous-mêmes comme un miroir déformant. S’y perdre et s’y retrouver.

Intentions

« Cette pièce est le fruit de la prise de conscience de la mort de mon humanité héroïque. »
Mathieu Beurton

Qu’entendre par « la mort de mon humanité héroïque » ?

C’est en fait l’image que nous avons de nous comme d’un être capable d’actes courageux, tels qu’aider des gens en difficulté, aller demander à une personne à terre si elle a besoin de secours, venir s’interposer lors d’une altercation, prendre la parole pour défendre une victime, etc.
D’ailleurs la notion de héros est ici toute relative car relever un homme à terre ne tient pas en soi d’un acte extraordinaire : tout le monde peut le faire ; et pourtant dans notre société où l’individualisme déborde, où la crainte de l’autre nous poursuit, on n’ose pas : peur de toucher, peur de rentrer dans la bulle de l’autre, peur de s’y abîmer, peur du regard des autres, finalement peur de l’étranger.
Aujourd’hui, pourtant, la société nous renvoie l’image d’un homme bon qui se doit d’aider son prochain. Alors on se gonfle de cette vision de soi que nous donnent la publicité ou les téléfilms.
Mais on peut un jour découvrir qu’on ne fait pas partie de ce groupe de résistants et se rendre compte qu’on est lâche et qu’on ferait plutôt partie de ceux qui se  taisent, sans pour autant être de ceux qui vont dénoncer des voisins ou encourager la cruauté, mais juste de ceux qui sont passifs, qui ne font rien et se laissent dominer par peur des représailles ou des conséquences.
C’est notamment ce dont parle la pièce sans jamais porter de jugement. C’est juste un constat.
La violence de cet état de fait : je ne suis pas un héros, je suis un lâche, je le découvre. Mais alors qu’aurais-je fait pendant la seconde Guerre Mondiale ? Ou dans une situation équivalente et qui se produit encore aujourd’hui dans beaucoup de pays dans le monde ? Peut-on se permettre de juger ceux qui ont été lâches, sous prétexte que c’est n’est ni son époque ni le lieu où l’on vit ?
D’ailleurs, dans le texte, on peut relever quelques références au nazisme mais surtout à n’importe quel totalitarisme qui use de la torture et de la terreur pour que la majorité silencieuse ferme les yeux devant des voisins emportés par une milice.

Ce cri qu’on entend tout au long de la pièce, c’est aussi le cri intérieur : le sien qu’on ne veut pas entendre, mais également celui de l’autre qu’on se refuse à percevoir pour étouffer les problèmes, tout ce qui pourrait détruire un équilibre construit au fil des ans.

Le metteur en scène souhaite donc questionner le spectateur à propos de tous ces cris sans apporter de réponse univoque puisque lui-même, s’il crée le spectacle, c’est parce qu’il est dans cette impasse de pouvoir savoir.
Il veut une atmosphère qui oscille entre le rire et l’angoisse, qui naissent tous deux de l’absurde.

Le metteur en scène

Mathieu Beurton

fA partir de 1999, Mathieu Beurton suit pendant quatre ans sur Rennes des cours de théâtre à Commedia.
En 2002, il met en scène la troupe Histoire d’en rire, dans Moi d’abord ! de Bruno Druart et crée le théâtre d’Ascaly avec qui il montera L’Anniversaire d’Harold Pinter.
Puis, en 2003, il collabore avec la troupe des Matycamid et Kikozenkouliss.
En 2006, il met en scène sa première pièce : Face aux murs qui sera jouée au théâtre du Nord Ouest à Paris du mois de janvier au mois de mai 2007.
En juin 2007, il met en scène avec Cédric Leproust Les Amers, sa deuxième pièce qui sera montée au théâtre Pixel à Paris du 9 février au 6 avril 2008.
Il est également assistant metteur en scène sur les deux  projets de Pierre Giafferi et Stanley Weber : L’Epouvantail et Le Chevalier de la lune ou sir John Falstaff.
            Ses mises en scène jouent souvent sur les symboles et les images pour créer une poésie et éviter d’anecdotiser le plus possible l’histoire afin que chaque spectateur se sente concerné et prenne part au spectacle.

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